DEMARCHE

L'art actuel est beaucoup trop sacralisé à mon sens : on n'ose plus regarder car on ne sait plus trop ce qu'on doit penser, ni comment on doit se comporter. On oublie même que c'est censé nous faire du bien. Trop de choses incongrues et monstrueuses nous sont présentées comme de l'art alors qu'elles ne nous parlent pas, qu'elles ne nous nourrissent pas. Trop de spécialistes nous expliquent ce que l'on doit comprendre... c'est très intellectualisé et souvent compliqué.. 

 

Pour ma part, l'Art ou du moins les arts plastiques ne sont pas aussi sérieux et compliqués. Il n'est pas forcément bavard. Il se donne comme une évidence à l'oeil et au coeur de l'homme. Je trouve que l'art mis en avant de nos jours est trop souvent en rupture : l'artiste est présenté comme un prophète dont le rôle serait de questionner perpétuellement notre époque. Sans doute. Peut être. Mais je préfère penser l'artiste comme un poète : son rôle est de révéler plus que de dénoncer. A l'heure des algorithmes et de l'accélération du temps, nos esprits ont besoin de nourritures simples et digestes. 

J'ai toujours peint et créé mais je crois que je suis devenu peintre le jour où j'ai lâché prise sur ce qui se manifestait tout seul sur la toile. Ce n'est pas raisonné ni réfléchi : à tâtons, il faut trouver le juste équilibre, la bonne combinaison de teintes et de contrastes pour parvenir à un équilibre intérieur et joyeux. 

Je suis devenu peintre également le jour où j'ai vu que ce qui s'exprimait simplement sur la toile était reçu tel que je l'avais fait, sans malentendu. Car l'Art est joyeux, d'une joie non démonstrative, même s'il est mélancolique et grave parfois. Ce qui est représenté manifeste la grandeur de l'homme dans cette capacité qu'il a de mettre à distance le réel et de le transfigurer : et cela, c'est joyeux, car c'est une grande victoire. 

L'art se partage donc : c'est une nécessité. Nous devrions être envahi d'oeuvres d'art et pas seulement dans les musées ou les galeries. L'art ne devrait pas se partager comme une relique sacrée : on rentre dans des musées comme dans des églises, les oeuvres d'art hélas sont dans des lieux autorisés mais jamais chez nous. L'art devrait être une banalité ordinaire pour l'homme, un objet de consommation courante, un ami suffisamment intime pour se permettre des égarements. L'art est le privilège de la condition d'homme. Pas une exception. 

 

Quant à décrire ce que je peins, j'ai constaté que chacun se l'approprie aisément et c'est une joie. Je ne peux donc que paraphraser ce qui se montre. 

Du mystère, beaucoup... du silence aussi.. des choses qui se dévoilent furtivement, qui naissent, grandissent et meurent... C'est un jeu perpétuel de contractions et d’expansions, de dévoilements et d’effacement, de lumières et d’ombres, l’instant de la peinture est toujours pris entre un « avant » et un « après »,  dans une progression dramatique qui rythme le temps du regard. Un truc qui ressemble à la vie. Il n’y a jamais d’évidence. Ce qu’est le monde et nos vies ne nous apparaissent jamais en totalité et en totale clarté : nous n’en discernons que des bribes, plus ou moins pertinentes, que nous devons déchiffrer et assembler avec patience et humilité, c’est alors qu’elles prennent sens. 

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